Mort du directeur de Sciences-Po : une enquête ouverte à New-York
| AFP/STAN HONDA
La chambre d'hôtel était «en désordre» mais le corps de Richard Descoings ne portait pas de «signe évident de traumatisme», a-t-il précisé. Plus tard dans la soirée, il a expliqué que les enquêteurs n'avaient pas de «preuve d'acte criminel», et que le désordre de la chambre avait été causé par le personnel médical qui avait cherché à ranimer M. Descoings. Il a également semblé écarter l'hypothèse d'un cambriolage, affirmant que certains objets initialement manquants avaient été retrouvés.
Le commissaire adjoint a ajouté qu'une enquête avait été ouverte «pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'activité criminelle» alors qu'à ce stade les enquêteurs «n'excluaient rien». Il a confié qu'ils travaillaient sur «la possibilité que d'autres personnes se soient trouvées dans la pièce à un moment donné». Le commissaire a également noté que Richard Descoings devait participer mardi matin à une conférence à l'université de Columbia, et avait rendez-vous dans le hall de l'hôtel Michelangelo, dans le centre de Manhattan, à 9 heures locales (14 heures à Paris) avec des collègues. Ces derniers ne le voyant pas arriver à la conférence ont demandé à l'hôtel de vérifier dans sa chambre. «A 9 heures, l'hôtel avait vérifié et il dormait. A 13 heures, il a été trouvé mort» sur son lit, a indiqué Paul Browne.
Une foule silencieuse rue Saint-Guillaume, à Paris
Dans la nuit de mardi à mercredi, des élèves se sont spontanément rassemblés devant Sciences-po à Paris pour rendre hommage à leur directeur. A l'ouverture de la prestigieuse école de la rue Saint Guillaume, mercredi matin, une foule silencieuse saluait sa mémoire. Une photo de Richard Descoing était présentée dans le hall.
Le ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, est arrivé peu avant 9 heures. «C'est un directeur qui avait une histoire personnelle avec chacun de nous. Il avait engagé un tel train de réformes qu'il n'y avait que lui qui savait où on allait», confiait Charlotte Baylac, 23 ans, en master affaires publiques. «C'est une perte pour Sciences Po et indiscutablement aussi pour la France», ajoutait Guillaume Griffart, 23 ans, en prépa concours. «Il avait compris qu'on ne pouvait pas rester dans l'immobilisme, qu'il fallait évoluer, s'adapter au changement du monde. C'était l'un des derniers grands technocrates réformateurs», ajoutait cet étudiant, parlant d'un directeur «accessible, présent et proche qui avait su créer une proximité et une connivence avec la plupart des étudiants.»
Sur Richard Descoings, c'est ce petit mot posé en péniche qui résume tout pic.twitter.com/XXFJ3nsp
«Le président de la République tient à rendre hommage à la carrière exceptionnelle d'un grand serviteur de l'Etat, qui aura consacré toute sa vie à la cause qu'il s'était choisie et dont rien ne l'avait détourné : l'éducation», écrit un communiqué de l'Elysée. «En près de 16 années à la tête de «Sciences Po», il a fait de cette vénérable institution qu'il a très profondément réformée un établissement de réputation mondiale», ajoute le communiqué.
«Pionnier de l'ouverture à l'international et de la recherche des nouveaux financements, travailleur infatigable et passionné, il n'a eu de cesse d'inventer en permanence, dans un monde plus volontiers soucieux de ne pas bousculer les habitudes», est-il encore écrit.
La nouvelle avait très vite été confirmée par Jean-Claude Casanova, président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et Michel Pébereau, président du conseil de direction de l'IEP. «Pour tous ceux qui enseignent, travaillent et étudient à Sciences Po, la disparition de Richard Descoings est une perte irréparable. En 16 années de direction, il a accompli une oeuvre extraordinaire qui a profondément transformé Sciences Po», ont-ils ajouté.
Richard Descoings représentait mardi l'Europe dans une réunion des grands leaders d'universités, le «Global Colloquium of University Presidents», sous l'égide du secrétaire général des Nations unies.
En 16 ans, il a profondément transformé Sciences-Po
Agitateur d'idées dans le secteur éducatif, Richard Descoings, 53 ans, a profondément transformé en 16 ans et quatre mandats l'école de la rue Saint-Guillaume. En 2001, il ouvre la porte de sa prestigieuse école aux élèves de lycées ZEP (zone d'éducation prioritaire). Huit ans plus tard, ce trublion qui fourmillait d'idées supprime purement et simplement de l'examen d'entrée en 1ère année (après le baccalauréat). Entre-temps, il avait aussi augmenté la proportion d'étudiants étrangers (40% du total actuel), et créer six campus en province tout en augmentant les droits d'inscription pondérés par les bourses.
Début 2009, il avait été appelé dans le rôle de pompier par Nicolas Sarkozy, le chef de l'Etat et son ministre de l'Education de l'époque Xavier Darcos étant englués dans une réforme des lycées mal acceptée par la communauté éducative.

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