François Hollande et les coussins de Brégançon : la galère d’un président "normal"

Publié le par actu

LE PLUS. François Hollande s’est fait livrer 14 coussins de luxe au Fort de Brégançon. Information anodine ou dépense anormale pour un président "normal" qui prend le train des vacances ? Notre chroniqueur Thierry de Cabarrus interroge les limites du concept de "normalité" pour un chef de l'État.

 

François Hollande arrive pour ses vacances au fort de Bregançon, le 2 août 2012 (ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA)

François Hollande arrive pour ses vacances au Fort de Bregançon, le 2 août 2012 (ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA)

 

Le candidat François Hollande aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de faire cette promesse aux Français qu’il serait un "président normal" durant tout son quinquennat.

 

Depuis, sa vie privée comme sa vie politique, scrutée sans cesse par des médias qui cherchent à le prendre en défaut, sont devenues ce qui ressemble (vu de l’extérieur) à un enfer, dans lequel il s’efforce de tout contrôler. Et si quelque chose lui échappe, sa présidence se transforme en galère.

 

À côté de cette promesse faite dans l’exaltation de la bataille, dans le souci de se démarquer du bling bling de son adversaire, toutes les autres promesses paraîtraient presque plus faciles à tenir, qu’il s’agisse de mettre au pas Madame Merkel, d’instaurer plus de justice sociale ou de relancer la croissance.

 

Le président prend le train des vacances


 

Tenez, par exemple, cette histoire de coussins de luxe. Elle est à la fois minuscule et symptomatique d’un désir irréalisable d’être à la fois président et comme tout le monde.

 

François Hollande est soucieux de ne pas faire comme son prédécesseur et de se couler le plus normalement possible dans son costume de président.

Il croit avoir tout prévu pour donner aux Français le sentiment qu’il est comme eux et que, quand il part en vacances, il prend le train comme eux. Alors, jeudi 2 août, avec Valérie Trierweiler, il monte dans le dernier wagon du Paris-Toulon-Hyères au milieu de quelques voyageurs étonnés.

 

Cela fait une brève de laquelle il ressort que le président aime les vacances en France et qu’il fera les vingt kilomètres restants en voiture pour gagner le Fort de Brégançon.

 

Bon, François Hollande se dit que la situation est sous contrôle, qu’il vient d’administrer une preuve irréfutable de sa "normalité", sauf que, patatras, surgit l’affaire des coussins de luxe qui remet soudain en question le concept du "président normal".  C’est comme un "journaliste objectif", ça n’existe pas, c’est un leurre, un rêve et, dans le meilleur des cas, un objectif. mais dans la réalité, ça n’existe pas.

 

Un chauffeur espagnol et 14 cartons


 

Cette affaire des coussins, c’est "Le Canard Enchaîné" qui la déterre. L’hebdomadaire satirique raconte les mésaventures d’un chauffeur espagnol perdu sur les routes du Var, incapable de trouver le Fort de Brégançon pour y déposer son précieux chargement : 14 cartons de chez Kettal qui, selon le journal, contiendrait essentiellement des coussins de chaises.

 

Or, c’est là que les choses se corsent : Kettal n’est pas n’importe quel fournisseur. Il est le roi des designers espagnols et ses coussins sont réputés pour être à la fois très beaux et très chers.  Le quotidien régional "Sud-Ouest" ou encore "Le Canard acharné", qui reprennent l’information, font remarquer qu’un coussin, modèle Maia coûte un bras : 200 euros sur internet, quand une chaise revient à 700 euros et un fauteuil à 2000.

 

On imagine le lecteur effaré ! Comment, voilà François Hollande qui prend le train sous le regard des caméras pour économiser des frais de voiture et qui se paie en douce 14 coussins de luxe pour aménager le Fort de Brégançon ? Et il se dit que si le livreur espagnol ne s’était pas perdu dans les rues de Bormes-les-Mimosas, il n’aurait rien su de cette histoire…

 

Et si c’était encore Valérie ?


 

Alors, en bon Français qui se respecte, notre lecteur se dit encore que, président "normal" ou pas, il ne faut pas le prendre pour un imbécile, qu’il y a 14 coussins de luxe (à 200 euros ?) et donc, que peut-être, il y a aussi 14 chaises (à 700 euros ?) ou 14 fauteuils (à 2000 ?).

 

Et il se demande si c’est lui qui paie ou si c’est François Hollande qui règle la facture. À moins que ce ne soit Valérie Trierweiler…

 

Et nous y voilà ! Et si, une fois de plus, le président n’y était pour rien ? Et si sa compagne, à qui il avait confié la mission d’aller organiser les vacances à Brégançon, avait décidé, en toute bonne foi cette fois, de relooker le vieux fort, comme avant elle les premières dames ?

 

Danièle Mitterrand préférait Latché et Carla Bruni la maison de ses parents au Cap Nègre, à 18 kilomètres. Mais les autres se plaisaient bien dans cette résidence d’été des présidents de la République, au point de mettre une touche personnelle à la décoration.

 

Après tout, en 1969, Claude Pompidou, passionnée d’art moderne, y avait apporté le design et le minimalisme, tandis que Anne-Aymone Giscard d’Estaing , quelques années plus tard, y avait apporté une touche campagnarde et cosy avec chaises de paille et des transats disposés sur une terrasse… taillée dans la roche. Quant à Bernadette Chirac, elle n’avait pas touché la décoration : elle "adore cette maison où règne le bon goût", explique l’hebdomadaire "Gala".

 

Du tweet à l’excès de vitesse sur l’autoroute


 

En plus de 40 ans, personne n’a jamais trouvé rien à redire à ce désir légitime des premières dames de mettre leur patte dans la déco. Sauf qu’elles n’étaient pas la compagne d’un président "normal", elles.

 

Sauf que la presse ne se sentait pas comme contrainte, indépendance oblige, de prendre en défaut cette "normalité", de la traquer, de la débusquer, histoire de montrer ce qui apparaît jour après jour comme une évidence : on ne peut pas être à la fois le président et vouloir être un homme "normal".

 

Les exemples, déjà, s’accumulent comme autant de petits boulets dans les jambes de François Hollande. Le plus énorme, c’est évidemment cette affaire du tweet qui, régulièrement, ressort à la faveur des confidences de Thomas, du trait d’humour de Valérie ou de l’interview de François. Un président "normal" doit pouvoir empêcher sa vie privée de se mêler à sa vie publique.

 

Le plus minuscule, c’est cet excès de vitesse du 17 juin sur l’autoroute de Normandie. Un président "normal" doit pouvoir contraindre son chauffeur à respecter les 130 km/h, et tant pis s’il arrive en retard aux cérémonies du débarquement.

 

On le voit, s’il ne lâche pas prise, s’il ne reconnaît pas au plus vite, avec l’humour qui le caractérise, que la "normalité" est impossible dans sa position, cette volonté de tout contrôler risque de devenir l'obsession du président Hollande pendant son quinquennat. Et s’il n’y prend pas garde, ce qui n’est pour l’instant qu’un sujet de rigolade pourrait se révéler comme un vrai piège.

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Publié dans actualité national

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