"Aube de l'Odyssée" : J+1 après le début de l'opération
Au lendemain des premières frappes de la coalition sur la Libye, la zone d'exclusion aérienne était appliquée dimanche, laissant la voie libre aux insurgés à Benghazi. Des chars de Kadhafi étaient cependant entrés dans Misrata.
Un insurgé libyen tient un drapeau de la rébellion, debout sur un véhicule appartenant à l'armée gouvermentale, frappé par les tirs français. © AFP 24h après la première frappe française en Libye, Nicolas Sarkozy devait faire un premier point dimanche en fin de journée à l'Elysée, avec François Fillon, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, de la Défense, Gérard Longuet et le chef d'état-major des armées, Edouard Guillaud.
Le Charles-de-Gaulle, parti vers 13h30 dimanche de Toulon, fait route vers la Libye, pour renforcer le dispositif français. A son bord, 2.000 marins et une vingtaine d'appareils embarqués dont une quinzaine d'avions de chasse (Rafale, Super Etendard). Le porte-avions français pourrait se trouver au large des côtes libyennes d'ici 36 à 48h.
Dimanche matin, les forces britanniques ont visé des systèmes de défense antiaérienne, essentiellement près de Tripoli. Une base aérienne a été bombardée par des avions américains. Trois bombardiers furtifs B-2 américains ont mené des raids contre une importante base aérienne, larguant 40 bombes, rapportait la chaîne CBS News.
Premier bilan positif, pour le chef d'état major américain
La première phase des frappes en Libye serait un succès et les pro-Kadhafi n'avancent plus vers Benghazi, selon l'amiral américain Michael Mullen. Elle a permis d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, a déclaré le plus haut gradé américain. "Il ne s'agit pas de chasser Kadhafi du pouvoir", mais de "protéger les civils", a-t-il ajouté.
Prochaine étape pour la coalition : s'attaquer au ravitaillement de l'armée gouvernementale pour limiter leur capacité à se battre. Selon l'amiral Michael Mullen, les forces gouvernementales sont pas mal éparpillées entre Tripoli, à l'ouest et Benghazi, à l'est. "Nous allons essayer de couper le soutien logistique à partir de demain". "Nous sommes maintenant dans une situation où ce que nous allons faire dépend en parti de ce que lui fait", a-t-il ajouté.
Entre Benghazi et Ajdabiyah dimanche, plusieurs dizaines de véhicules militaires calcinés jonchaient cette route stratégique, dans l'est de la Libye, à la suite des frappes occidentales. Cinq cadavres au moins se trouvaient à proximité. Certains de ces véhicules étaient tellement endommagés qu'il était difficile d'en déterminer le type. "C'est la France tout ça (...) Aujourd'hui, nous sommes venus et nous avons constaté que la route était libre", a déclaré un combattant rebelle. D'autres insurgés ont dit que ces carcasses de véhicules étaient aussi le fruit de combats au sol entre les forces gouvernementales et les insurgés.
Des insurgés circulant à bord de véhicules équipés de mitrailleuses se dirigeaient à nouveau, dimanche, vers la ville d'Ajdabiyah, dans l'est de la Libye. Avant l'intervention de la coalition, les forces de Kadhafi avaient progressé jusqu'aux abords de Benghazi après avoir dépassé Ajdabiyah, théâtre d'intenses combats ces derniers jours. Plus de 90 personnes ont été tuées dans les combats à Benghazi de vendredi soir à samedi.
Kadhafi veut armer un million de citoyens
Sur le terrain, les forces de Kadhafi sont toujours offensives. Des chars de l'armée gouvernementale sont entrés dans Misrata, ville aux mains des insurgés, et des tirs dans le centre ville ont fait des victimes, selon des habitants."Il y a des affrontements entre les insurgés et les forces de Kadhafi. Leurs chars sont dans le centre de Misrata (...) Il y a tant de victimes que nous ne pouvons les compter", rapporte le porte-parole des rebelles.
Par ailleurs, la Libye affirme distribuer des armes à un million de personnes. Le gouvernement libyen aurait entrepris d'armer ses fidèles, une opération qui devait être bouclée dans les prochaines heures dimanche, selon les autorités.
Rome prêt à intervenir pour l'équipage retenu à Tripoli
L'Italie se dit prête à intervenir "avec tous les moyens possibles" pour évacuer l'équipage du navire remorqueur retenu depuis samedi par des hommes armés dans le port de Tripoli. A bord, huit Italiens, deux Indiens et un Ukrainien, qui étaient en train de débarquer à Tripoli des travailleurs libyens lorsque des hommes les ont arrêtés, empêchant le navire de repartir.
Le Vatican demande que l'accès aux secours humanitaires soit garanti. Le pape, face aux "informations préoccupantes en provenance de Libye", a lancé "un appel pressant aux responsables politiques et militaires" afin qu'ils assurent "la sécurité des citoyens libyens et garantissent l'accès aux secours humanitaires".