Shanghaï expose la puissance chinoise

Publié le par actu

La grande ville côtière a dépensé 30 milliards d'euros, déménagé 272 usines et 60 000 personnes pour accueillir entre 70 et 100 millions de visiteurs en six mois. 


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D'un point de vue chinois, d'ailleurs assez partagé, il ne faut pas se tromper. Ce n'est pas l'Exposition universelle qui va le plus apporter à Shanghaï, mais bien l'inverse. La Chine et sa capitale économique vont redonner des couleurs à un rendez-vous international ayant perdu de son sens, à l'heure de la communion mondiale numérisée. Petit tour d'horizon de cette «Expo 2010» qui sera inaugurée ce soir, en présence notamment du couple Sarkozy, et qui va durer six longs mois, jusqu'au 31 octobre.

L'esthétique du nombre

Comme les JO de Pékin, l'Exposition de Shanghaï vise les records et joue la démesure. Les estimations oscillent entre 70 et 100 millions de visiteurs. Le chiffre plancher de 70 millions ne doit rien au hasard, puisqu'il s'agit de faire mieux que le voisin et rival japonais, lors de l'exposition d'Osaka de 1970, avec 64 millions de visiteurs. On attend ici plus de 400 000 visiteurs par jour, «soit l'équivalent d'une ville moyenne en Europe», souligne Xu Bo, adjoint au commissaire général de l'Exposition. Le nombre de participants -189 pays souverains et 50 organisations internationales- est lui aussi historique. La superficie du parc est au diapason. Il s'étend sur 5,28 km2, soit deux fois Monaco, dans le centre de la ville et non pas comme souvent en périphérie. Il a fallu déménager 272 usines et 60 000 personnes. Pour transformer son paysage urbain et ses infrastructures, Shanghaï a dépensé plus de 30 milliards d'euros.

Un événement très chinois

Quelque 95% des visiteurs devraient être chinois et les unités de travail distribueront assez de billets pour faire nombre. «À l'inverse des JO, événement télévisuel pour la plupart des Chinois, ils viendront ici eux-mêmes, explique Xu Bo. Un Chinois du Xinjiang se retrouvera directement parachuté dans le pavillon français. Vous imaginez le choc et la richesse de l'échange !» Pour relativiser, notons que la majeure partie des visiteurs chinois seront de Shanghaï et sa région. Selon les estimations, 30% seront des Shanghaïens, 50% viendront du delta du Yang Tsé et 20% du reste de la Chine. Côté visiteurs étrangers, la prévision minimale est de 3,5 millions, et sûrement plus : 1 million de Japonais, au moins autant de Coréens, 1 million d'Européens… L'affluence la plus grande est prévue pour les deux derniers mois, en septembre et octobre.

Grands et petits pavillons

L'Expo aligne toute une palette de pavillons. Côté États, 42 pays ont construit leur propre édifice, tandis que 42 autres ont loué des bâtiments construits par les organisateurs. D'autres trouvent leur place dans les 11 pavillons collectifs. On découvre aussi 18 pavillons d'entreprises, comme ceux de Coca-Cola ou GM. Le pavillon chinois, dont on ne peut qualifier l'architecture de légère, écrase de sa masse tout le site. Il a une folle superficie de 60 000 m2 et, si l'on y ajoute l'espace dévolu aux 31 provinces et régions, le total du site chinois atteint les 160 000 m2. Là encore, le chiffre de 60 000 m2 n'est sans doute pas le fruit du hasard, puisqu'il représente dix fois la superficie des plus gros pavillons étrangers, qui font 6 000 m2. Les modules proposés aux exposants étaient en effet de 500 m2, et une douzaine de «grands» pays -dont la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon ou la Corée -en ont loué douze. Les budgets français et américains tournent autour de 45 millions d'euros, tandis que ceux du Japon ou de l'Arabie saoudite se sont envolés à plus du double !

La France à Shanghaï

Xu Bo aime rappeler que la France fut le premier pays à confirmer sa participation et le premier encore à lancer la construction de son pavillon. Les attentes seraient fortes puisque, selon l'agence de relations publiques Ogilvy PR, le pavillon France vient en 2e position, derrière celui des États-Unis, dans les intentions de visite des Chinois. Plusieurs régions françaises sont aussi représentées. L'Alsace, l'Ile-de-France et Rhône-Alpes feront la promotion de leur expertise en matière de développement urbain dans leur propre pavillon sur le site de l'Expo. Et Lille s'est installée en ville, dans un ancien temple taoïste de la rue de Nankin. La «journée nationale» française aura lieu le 21 juin, avec l'organisation d'une Fête de la musique à Shanghaï.

La charte de la ville de demain

Avec le slogan «Meilleure ville, meilleure vie», les décideurs chinois ont habilement choisi le thème du défi urbain. Une partie du site abritera ainsi un «espace des meilleures pratiques urbaines», où villes et régions du monde entier viendront présenter leurs bonnes idées. Mais l'ambition chinoise ne s'arrête pas là. La Chine veut faire adopter à la fin de l'exposition une «Déclaration de Shanghaï», endossée par l'ONU. Une sorte de manifeste de la ville idéale traçant la voie pour les décennies futures

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