PRÉSIDENTIELLE. Les Petroplus jugent sept candidats

Publié le par actu

Les salariés de la raffinerie, qui ont appris la vente de leur site hier, ont vu défiler depuis décembre la moitié des candidats à l’Elysée. Résultat : des déceptions, des découvertes et des surprises.

PETIT-COURONNE (SEINE-MARITIME), HIER. Fabien, qui a toujours voté PS, a été séduit par Jean-Luc Mélenchon.

PETIT-COURONNE (SEINE-MARITIME), HIER. Fabien,
qui a toujours voté PS, a été séduit par Jean-Luc Mélenchon.
| (LP/YANN FOREIX.)

 

Des cheminées industrielles lacèrent l’horizon. Devant les grilles de la raffinerie Petroplus, 200 salariés balancent entre espoir et amertume. Empêtré depuis trois semaines dans de graves difficultés financières, le groupe pétrolier vient d’annoncer qu’il se séparait du site de Petit-Couronne (Seine-Maritime). Sous la pluie, les ouvriers réunis vendredi en assemblée générale espèrent qu’un repreneur se manifestera.
Vite. « Pas question qu’on nous balade jusqu’à la présidentielle! » clame Yvon Scornet, responsable de l’intersyndicale.

Pour médiatiser leur combat et alerter les responsables politiques, les Petroplus ont invité cet hiver tous les candidats « plus ou moins déclarés » — à l’exception de Marine Le Pen — à venir soutenir les 550 salariés menacés de perdre leur emploi et à exposer leur programme. Leur site est devenu un passage obligé de cette campagne où tout le monde se dispute le vote ouvrier. Depuis le 2 décembre, 7 prétendants à l’Elysée ont fait le déplacement. Dans l’ordre : Philippe Poutou (NPA), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), François Hollande (PS), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), Hervé Morin (Nouveau Centre), Eva Joly (Europe Ecologie - les Verts) et Nathalie Arthaud (LO).

Le programme a été le même pour tous : une heure trente de réunion avec les syndicalistes avant de rencontrer les salariés. « Leur capacité à éponger les informations est très différente », note Yvon Scornet, qui a auditionné les 7 candidats. Jean-Luc Mélenchon a marqué les esprits. « Socialiste depuis toujours », Fabien, 36 ans, confie que, pour la première fois de sa vie, il pourrait faire une infidélité au PS : « Mélenchon m’a tapé dans l’œil. Son show a complètement éclipsé la visite de Morin, qui est venu le même jour. Mais je me méfie. » Son collègue raconte : « Devant l’entrée, c’était noir de monde. Il est monté sur une estrade. Quand il s’est mis à parler, tout le monde a fait silence. Sa voix montait, descendait, et il décrivait comment les financiers profitent des petits. »

«Ça a braqué les projecteurs sur nous»

Les révolutionnaires Poutou et Arthaud n’ont pas fait sensation. « Ils ne veulent pas être élus, de toute façon », commente Fabien, qui ajoute n’avoir pas été emballé non plus par Hollande, « trop modéré » à son goût. Encore agacé par la forêt de micros et de caméras qui ont suivi le socialiste, Robert ajoute : « On ne pouvait pas l’approcher. Les journalistes l’ont plus vu que nous! Un moment, il a quand même serré les mains de collègues en disant qu’en mai la situation changerait. » « Il nous a surtout répété au mot près ce qu’ont dit les syndicats », s’amuse un de ses collègues. Quoi que bref, le passage d’Eva Joly a aussi marqué les salariés de la raffinerie. « Une écolo ici, c’est comme voir Le Pen dans une mosquée », ironise Pascal, 44 ans.


Les Petroplus sont contents d’avoir réussi leur coup. Mais ils restent très prudents sur la suite… « Bien sûr qu’ils nous soutiennent, mais ils viennent surtout faire leur pub! » juge Jean-Luc, un chimiste de 58 ans dont trente-quatre passés à l’usine. « Si on était politiques, on ferait pareil, tempère un collègue. Ça a braqué les projecteurs sur nous. » Pour certains, ce fut l’occasion d’une découverte. « Je pensais que Nicolas Dupont-Aignan était un gros réactionnaire, raconte Christian, 62 ans. Mais, quand il a parlé de la France, ça m’a bien plu. On sent qu’il aime le pays. Comme De Gaulle. » Plu, certes, mais pas au point toutefois d’influencer son vote !


Le gouvernement cherche un repreneur

Le président de Petroplus, Jean-Paul Vettier, a rencontré hier le ministre de l’Industrie, Eric Besson, pour évoquer l’avenir de la raffinerie de Petit-Couronne (Seine-Maritime). A l’arrêt depuis le début du mois, le site est désormais en vente et Petroplus envisage également de se séparer de ses raffineries de Cressier, en Suisse, et d’Anvers, en Belgique. Le gouvernement souhaite « une reprise d’activité rapide sur le site » pour éviter une dégradation des installations. Mais le pari s’annonce difficile, le secteur du raffinage traversant une crise profonde en Europe. Les discussions avec des repreneurs potentiels se poursuivent néanmoins, « mais il est encore trop tôt pour en parler ». Eric Besson recevra les syndicats mardi.

 

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