Pécresse et d'autres UMP téléphonent aux électeurs pour les séduire: du "racolage"?

Publié le par actu


"Bonjour, c'est Valérie Pécresse, je suis candidate à la présidente de la région Ile-de-France. Je vous ai enregistré un message. Si vous souhaitez l'écouter, tapez 1." C'est le message que des dizaines de milliers de Franciliens ont pu entendre ces derniers jours, en répondant au téléphone.

1. "Allo? C'est Valérie Pécresse..."

Pourquoi? Car Valérie Pécresse fait partie des têtes de liste de l'
UMP aux régionales qui ont recours au démarchage téléphonique pour tenter de convaincre les électeurs -surtout les abstentionnistes- avant le second tour de dimanche, comme l'indique un article du Figaro.fr intitulé "L'UMP décroche son téléphone pour séduire les électeurs", publié jeudi soir.

Voici le message de Valérie Pécresse, que Le Post s'est procuré:


(Source: UMP / Montage Le Post)

Comment ça marche? Si votre numéro est dans l'annuaire, des robots automatiques vous appellent à votre domicile pour vous inviter à voter pour un candidat. Le message que vous entendez, qui dure près d'une minute, a été enregistré par le candidat lui-même... mais il n'est évidemment pas au bout du fil.

Quel est le contenu de ce message? "Il résume les principales propositions de Valérie Pécresse", explique au Post l'entourage de la ministre. Avant d'indiquer que "c'est un autre moyen de toucher les abstentionnistes".

Quels candidats utilisent cette technique? Cinq têtes de listes UMP: Valérie Pécresse en Ile-de-France,
Bruno Le Maire en Haute-Normandie, Christophe Béchu dans les Pays de la Loire, Thierry Mariani en Paca et Jean-Luc Warsmann en Champagne-Ardennes, résume Le Figaro.fr. En dehors de l'UMP, seul Jean Lassalle, tête de liste MoDem en Aquitaine, utilise également cette technique. Selon Le Figaro.fr, un million d'habitants de la région PACA ont reçu cet appel, personnalisé selon les départements (on entend par exemple la voix de Christian Estrosi à Nice).

Christian Estrosi au téléphone, le 30 mai 2005.

Christian Estrosi au téléphone, le 30 mai 2005.


2. "La Cnil demande aux partis de s'abstenir"

Qu'en pense la
CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés)?

Contactée par Le Post, la Cnil précise "être au courant" de cette pratique et renvoie vers son site Internet, où est précisée sa position sur ce sujet.

"Compte tenu du caractère particulièrement intrusif de la prospection par automates d'appels,
la CNIL demande aux partis politiques, élus ou candidats de s'abstenir d'utiliser ces moyens de communication", est-il écrit.


3. Comment le prennent les personnes sollicitées?

L'UMP a-t-elle conscience que cela peut déranger? Dans l'entourage de Valérie Pécresse, on assure au Post n'avoir reçu "aucun message de protestation".

Chez les autres candidats de l'UMP, on assure aussi ne pas vouloir déranger. Mais le responsable de la campagne de Bruno Le Maire reconnaît que si l'expérience est "plutôt bien ressentie par les personnes ciblées", "certaines le prennent moins bien".

En témoigne ce commentaire d'un internaute nommé Jack, qui affirme avoir "été démarché". "Comme je travaillais et que cela me dérangeait, j'ai simplement raccroché.
Je ne pense rien de bien de ce démarchage que je nommerai RACOLAGE !", peste-t-il sur un blog de Nice Matin.


4. L'opération est-elle une réussite?

 Dans l'entourage de Valérie Pécresse, on ne cache pas sa satisfaction. "Jusqu'à hier [jeudi, ndlr], nous avons déjà touché 235.000 personnes en Ile-de-France. Et notre objectif est de toucher 325.000 personnes d'ici à ce soir [ce vendredi, ndlr]", confie-t-on au Post.

Surtout, les proches de la candidate UMP affirment que "le taux d'écoute du message est de 54 %", ce qui veut dire que plus de la moitié des Franciliens auraient tapé sur la touche 1 pour entendre le programme de Valérie Pécresse.

Pour toucher autant de gens, l'équipe de la tête de liste UMP en Ile-de-France a lancé deux "vagues" d'appels: une première les jeudi 11 et vendredi 12 mars, juste avant le premier tour, et les jeudi 18 et vendredi 19 mars, la veille du second. Car "aucun appel n'est réalisé la veille, ni le jour du scrutin", précise-t-on.

La technique ne fonctionne pas aussi bien pour les autres candidats. "Avant le premier tour, 15 à 25% des personnes démarchées ont écouté le message de Thierry Mariani jusqu'au bout", a indiqué l'entourage de la tête de liste UMP en Paca au Figaro.fr.

5. Huchon contre une technique "impersonnelle"

Jean-Paul Huchon, en meeting, à Paris, le 11 mars 2010. Pourquoi le PS ou d'autres partis n'utilisent pas cette technique?

Contacté par Le Post, l'entourage du rival de Valérie Pécresse aux régionales, Jean-Paul Huchon, explique que le président PS de la région Ile-de-France n'a pas voulu l'utiliser pour plusieurs raisons:

"Cela a un coût financier et surtout, nous avons une conception différente de la campagne. Nous préférons privilégier l'humain, en allant sur le terrain, faire du porte-à-porte pour avoir les gens en face de nous, plutôt que d'avoir recours à des appels automatiques, complètement impersonnels."



Et sinon, d'où vient cette technique?
La technique vient des Etats-Unis. Ce système de prospection téléphonique a largement été utilisé par
Barack Obama lors de sa campagne. Le jour de l'élection américaine, plus d'un million d'appels ont été effectués pour rappeler de voter ou convaincre les derniers indécis, rappelle le site d'Arrêt sur images.

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