La Jeanne-d'Arc pourrait ressusciter à Rouen

Publié le par actu


Photo montage

EXCLUSIF. Un gros morceau de la "Jeanne d'Arc" pourrait atterrir à Rouen, au pied du pont Flaubert ! Encore faut-il convaincre tout le monde...

 

 L'hypothèse a de quoi séduire. Tout au moins pour attirer l'attention, car l'événement serait de taille. Imaginez l'atterrissage de la proue et du château avant du porte-hélicoptères « Jeanne d'Arc ». Un bateau gris de 181 mètres à la réputation mondiale, à quelques mois de la retraite après 46 ans de missions d'ordres très divers. Un morceau d'histoire installé à la pointe de la presqu'île Rollet, presque au pied du pont Flaubert. La sensation et l'impression produites ne sont à ce jour que purement imaginaires. Et la spéculation pourtant bien réelle mêle symbolique et spectaculaire. A ce jour, le projet baptisé « tête d'îlot » navigue sur un océan de secrets.

 

« Ce serait magnifique ! Je sais que rien n'est fait, mais les relations exceptionnelles de ce bateau avec Rouen font rêver à la concrétisation d'une telle hypothèse… » Patrick Herr, président et créateur des Armadas, se révèle tout naturellement emballé par l'ambitieux dessein. Il confie même en avoir prudemment discuté avec le chef d'Etat-major de la Marine nationale, l'amiral Pierre-François Forissier.

 

Mais aucun accord n'existe, et la classe politique se montre plus que discrète. La Marine confirme l'idée et y travaille, sans toutefois en révéler l'origine ; elle précise aussi que la décision finale sera strictement subordonnée à une décision politique. Partout, des milliers de marins observent, émus et attentifs, le dernier long voyage du navire-école d'officiers, aujourd'hui à Dakar alors que son pays grelotte. Et du 21 au 25 mai 2010, la capitale normande au printemps sera sa dernière escale avant le port d'attache de Brest et la « déconstruction ».

 

Le Grand port maritime de Rouen, établissement public de l'Etat propriétaire des terrains concernés, propose une version moins prudente que les politiques. « Nous devons être plusieurs places portuaires à avoir levé le doigt pour dire que c'était possible d'accepter cette proue. Rien n'est décidé, mais le Port a fait acte de candidature. Rien n'est décidé, mais tout est cohérent ». Directeur de l'aménagement territorial, Régis Soenen se mouille un peu. « Sur des sujets comme ça, les acteurs sont nombreux, et le projet de parc paysager avec un itinéraire de promenade existe déjà… ». Et l'Agglo détient bien la maîtrise d'ouvrage du futur éco-quartier Flaubert qui englobe la presqu'île.

 

En tant que maire de Rouen, Valérie Fourneyron, affiche la prudence, jusqu'à éluder l'existence du projet. « J'ai rencontré le commandant en septembre dernier. Nous avons calé un hommage en mai, de façon ambitieuse en tant que ville marraine. Nous allons aussi récupérer la plaque avec le blason de Rouen qui est dans le carré des officiers, pour la salle du conseil municipal. Quant à une partie du bateau sur la presqu'île Rollet, je ne peux rien dire car il n'y a pas d'instructions ni d'informations à la Communauté d'agglomération (CAR) ».

 

Même retenue chez Frédéric Sanchez, vice-président de l'Agglo concentré sur la création de l'éco-quartier. « Je n'ai pas connaissance de l'existence du dossier à la CAR ». Que de mystères autour de ce porte-hélicoptères !

 

Guy Pessiot, adjoint au maire chargé du patrimoine, en dévoile un peu plus : « Effectivement, la Ville et d'autres collectivités sont intéressées par un souvenir de la Jeanne. L'ancre, la roue, le poste… J'ai rencontré le commandant il y a quinze jours, car le bateau fait partie du patrimoine. La candidature du Port est effective, mais la Ville décidera. Et il faut savoir combien ça coûte, où on le met, comment… Par tradition, en politique, on ne parle pas des choses qui ne sont pas actées ».

 L'ambition et la dimension rendent ce rêve de mer plus délicat encore à manier. Particulièrement en période de pré-campagne électorale, de choix financiers, de charges transférées aux collectivités par un Etat surendetté, d'image éventuellement écornée par des dépenses trop lourdes. Sacrée liste, sans oublier les éventuelles critiques anti-militaristes. Mais cette opération pourrait s'accompagner de la création d'un musée, intégrer une composante artistique et gagner ainsi des soutiens inattendus.

 En fin de carrière, la dernière mission de la « Jeanne d'Arc » aura lieu à terre : elle vient de débarquer en force dans le débat.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article