François Fillon : "La France ne pratique pas la vengeance"

Publié le par actu

Le Premier ministre a justifié mardi matin, sur Europe 1, l'opération lancée au Mali contre les ravisseurs de Michel Germaneau. Une opération qui reste controversée. Il a promis de "traquer les terroristes et de les livrer à la justice", tout en écartant toute idée de "représailles".
François Fillon sur Europe 1 (27 juillet 2010)François Fillon sur Europe 1 (27 juillet 2010) © TF1/LCI

Après Nicolas Sarkozy, qui a officialisé lundi la mort de l'otage français au Mali dans un discours empreint de gravité, prononcé depuis l'Elysée, c'est au tour de François Fillon de revenir ce mardi sur le sort tragique de Michel Germaneau. Invité sur Europe 1, il répondait aux questions de Thierry Guerrier sur cette mort et ses implications. La première étant : l'otage était-il encore vivant lorsqu'une opération a été lancée pour tenter de la délivrer ? "Je ne peux pas répondre à cette question", a éludé le Premier ministre, en faisant référence au cas tragique d'un otage britannique, tué par le même groupe, mais dont on n'a jamais retrouvé le corps. Difficile, en plein désert, d'avoir la moindre certitude sur le sort d'un otage... Une seule chose était sûre, pour le Premier ministre : il fallait tenter un recours à la force. Car contrairement au cas Camatte, "nous n'avons jamais réussi à établir le moindre contact avec les ravisseurs (...) Nous avons tenté tous les canaux habituels, sans aucun succès. Nous avons tenté la médiation médicale : nous n'avons jamais eu la moindre réponse".

 

L'opération militaire lancée contre les ravisseurs, en plein territoire malien, par l'armée mauritanienne appuyée par des éléments français, a été décidée à quelques heures de la fin de l'ultimatum des ravisseurs. Mais avec la mort de l'otage, se pose la question de la légitimité de cette tentative. Jean-Paul Piérot (L'Humanité) redoute par exemple "que la tentation de la communication ait pesé dans ce choix d'une action unilatérale". Un soupçon repris par Daniel Ruiz dans La Montagne, car si, comme certains le pensaient, "l'otage était mort depuis un certain temps", "l'opération militaire des Mauritaniens et des Français, comme la mise en scène des terroristes qui s'en est suivie, ne seraient alors qu'une honteuse partie de communication menteuse".

"On déjoue plusieurs attentats chaque année"

Autant de soupçons auxquels François Fillon s'est efforcé de répondre sur Europe 1. Si l'intervention militaire était bien une opération de la dernière chance, elle semblait alors la seule susceptible de sauver Michel Germaneau : "Je pense que la vie de l'otage était condamnée depuis le jour où nous avons reçu l'ultimatum" des ravisseurs", a réaffirmé le Premier ministre. Il n'y a donc pas eu d'abandon de la stratégie suivie par la France dans des cas similaires : négocier pour libérer les otages. "La ligne que l'on s'est fixée avec le président de la République, c'est négocier, en se fixant des lignes rouges - notamment lorsque la vie de l'otage est directement menacée", a assuré François Fillon. C'est, par exemple, lorsque cette "ligne rouge" avait été franchie pour les otages du Tanith que la décision d'une opération militaire avait été prise. Et tout comme il a écarté les accusations d'une opération de communication, le chef du gouvernement a réfuté celles d'une décision prise à la va-vite : "La décision de participer à cette opération militaire, nous l'avons prise, avec le président, après une longue réflexion".
 
Mais la stratégie de dialogue, toujours valable pour d'autres otages (François Fillon a notamment cité le cas des journalistes de France 3 retenus en Afghanistan : "nous avons des discussions presque continues avec les ravisseurs") ne peut fonctionner avec l'Aqmi : car dans ce cas précis, "nous sommes en guerre contre Al-Qaïda", a martelé le chef du gouvernement, en décrivant "des gens d'une brutalité extrême". Pour lui, "c'est une menace qui concerne l'ensemble de nos pays". Et cette guerre est d'autant plus difficile à mener dans les zones désertiques où se trouve Al-Qaïda au Maghreb islamique : "C'est une région désertique grande comme l'Europe, où 400 combattants mènent une guerre sans merci contre les pays de la région et contre nous". La France y est présente, et collabore avec les autorités locales - et l'opération dont la France espérait qu'elle pourrait sauver Michel Germaneau en est une illustration : "Nous avons des forces qui assurent l'instruction de l'armée mauritanienne (...) Nous avons assuré l'appui de l'armée mauritanienne du début jusqu'à la fin".
 
Dans cette "guerre", pas question donc de baisser les bras pour le Premier ministre : "Le combat contre le terrorisme continue, et en particulier contre l'Aqmi, il va se renforcer". En France même, "le niveau d'alerte est très élevé : on est au niveau maximum du plan Vigipirate. On déjoue plusieurs attentats chaque année en France et dans les pays voisins". Le terme de "représailles" contre les ravisseurs suggéré par certains après le discours de Nicolas Sarkozy, lundi, lui semble toutefois impropre : "La France ne pratique pas la vengeance. En revanche, nous avons des accords avec les gouvernements de la région pour traquer ces terroristes et les livrer à la justice".

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