Birmanie: bientôt libre, quel avenir pour l'opposante Aung San Suu Kyi ?

Publié le par actu

La lauréate du prix Nobel de la paix pourrait être libérée ce week-end après plus de sept ans de privation de liberté. Depuis 22 ans, elle s'oppose au régime en place.

 
Aung San Suu Kyi : réaction du comité de soutien françaisau verdict © eTF1

Aung San Suu Kyi, la lauréate du prix Nobel de la paix, sur le point d'être libérée après plus  de sept ans et demi de privation de liberté, a parfois été comparée à Nelson Mandela, qui a conquis le pouvoir après 27 ans dans les geôles sud-africaines. Sa frêle silhouette symbolise depuis plus de  vingt ans la résistance à la junte. Mais si son aura a résisté au temps en  Birmanie comme à l'étranger, l'opposante n'en est pas moins devenue une figure marginalisée, une icône à l'avenir politique incertain. La toute puissance de la junte birmane et la dissolution du parti de la  dissidente, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), qui a boycotté le  scrutin législatif dimanche, semble l'écarter durablement du pouvoir.

 

Il y a vingt ans, beaucoup auraient pourtant parié sur le potentiel de la  fille du héros assassiné de l'indépendance, le général Aung San, qui incarne  depuis à elle seule la résistance à l'oppression. Quitte à en faire oublier les  2.200 autres opposants emprisonnés, et la fondamentale impasse dans laquelle  sont enfermées les minorités ethniques. A l'époque, la LND avait humilié le régime militaire, remportant 392 des 485 sièges en compétition. Mais les généraux avaient refusé de s'incliner. Celle que  les Birmans surnomment la "Dame" a depuis été privée de liberté pendant 15 des  21 dernières années.

Elle sacrifie sa famille à sa cause

A-t-elle échoué, cette figure gandhienne charismatique qui, en septembre  2007, sortait en pleurs de sa maison délabrée, devant des policiers  anti-émeutes, pour saluer des milliers de moines bouddhistes qui manifestaient  contre l'oppression et la vie chère? "La démocratie n'est ni institutionnalisée, ni enracinée dans les pratiques  quotidiennes de la Birmanie d'aujourd'hui", relève Renaud Egreteau, politologue à l'université de Hong Kong. "Mais on ne peut écarter son poids politique et idéologique ces deux  dernières décennies. Elle, son parti, ses réseaux internes et externes ont créé  une dynamique politique. Si l'on parle de droits de l'homme, de libertés  civiles, ou de démocratie en Birmanie, elle y est pour beaucoup".

Née le 19 juin 1945, Aung San Suu Kyi a été élevée dans les meilleures  écoles de Rangoun avant de poursuivre ses études en Inde - où sa mère avait été  nommée ambassadeur en 1960 -, puis à Oxford. Assistante à l'Ecole des études orientales de Londres, elle épouse en 1972  un universitaire britannique, Michael Aris, avec qui elle aura deux enfants. Elle revient en Birmanie en avril 1988 au chevet de sa mère malade et n'en repartira pas. Elle s'exprime pour la première fois en public en août, et transperce le coeur des Birmans par un discours simple et une dignité qui ne se démentira pas, même pendant les pires épreuves.

Soutenue par l'opposition et l'Occident qui prennent la mesure de son aura, elle sacrifie sa famille à la cause et restera en Birmanie en 1999, tandis que son époux mourait d'un cancer en Grande-Bretagne, de crainte de ne pouvoir rentrer chez elle. Considéré par le généralissime Than Shwe comme sa pire ennemie, elle a perdu  contact avec le pays, tout juste en liaison, via son avocat, avec les octogénaires de la LND. "Elle n'a pas fait les bons choix", accuse Khin Zaw Win, ancien prisonnier politique qui vit à Rangoun. "Elle a laissé passer je ne sais combien  d'occasions de faire quelque chose de vraiment positif pour le pays et pour elle  même, et elle raté le train". Longtemps coupée de tout, sans le téléphone ni l'internet, elle a indiqué qu'elle entendait ouvrir un compte Twitter. Et beaucoup veulent lui voir encore un rôle, une présence, un avenir. "Elle est devenue une institution et le public se ralliera à elle aussi longtemps  qu'elle vivra", assure Maung Zarni, chercheur de la London School of Economics.

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