Arrivés au bout de 24, voire 26 heures de trajet, des passagers du train reliant Strasbourg à Port Bou et Nice dénoncent l'incompétence de la SNCF. Des syndicalistes pointent les économies faites

Publié le par actu

Emplyé de la SNCF distribuant des formulaires de demande de remboursement (28/12/2010)Emplyé de la SNCF distribuant des formulaires de demande de remboursement (28/12/2010) © TF1/LCI

Plus de 26 heures en train. Non pas pour franchir la cordillère des Andes ou pour rallier le toit du monde depuis Pékin, mais tout simplement pour rallier la côte méditerranéenne depuis Strasbourg. Pour ce record de lenteur, la SNCF fait amende honorable. Elle s'est engagée à indemniser les voyageurs et à offrir "un aller/retour gratuit supplémentaire à chacun"... pour ceux qui voudraient retenter l'aventure. Mais elle ne peut invoquer autre chose que la malchance pour expliquer la suite catastrophique de problèmes de tous ordres qui ont frappé le train de nuit 4295, parti de Strasbourg dimanche à 21h30, et qui devait initialement se scinder en deux pour arriver à Port-Bou et à Nice lundi à 8h30. Le président de la SNCF, Guillaume Pepy lui-même, a dû reconnaître, dans une lettre d'excuses adressée aux passagers, que "la série d'incidents que vous avez subie n'est pas admissible", avant de s'engager à suivre personnellement l'enquête interne qu'il a ordonnée.

 

C'est non pas à 8h30, mais à 22 heures que les passagers de la branche Port-Bou ont enfin pu rejoindre Perpignan. Ceux qui devaient aller jusqu'au bout de la ligne (une dizaine de personnes) ont alors encore dû prendre un autobus pour rallier Port-Bou, en Espagne, et Cerbère, du côté français de la frontière. Les autres voyageurs, à destination de Nice, ont dû pour leur part attendre jusqu'à minuit pour voir le bout de ce marathon ferroviaire.

"Ils n'en ont rien à faire"

"On est très soulagés d'être arrivés", a commenté une passagère, Solange, à son arrivée en gare de Perpignan avec son conjoint Vincent et leurs deux enfants de quatre ans et un an. "On a l'impression d'avoir vécu un naufrage". Elle a pris néanmoins les choses avec philosophie : "dans l'ensemble, ça s'est bien passé". Mais d'autres se sont montrés nettement moins philosophes : "C'est la première fois que ça arrive, moi qui ai l'habitude de prendre ce train. Le plus déconcertant, c'est qu'on n'a rencontré personne de la SNCF à bord pour nous dire ce qui se passait", a déploré Anaïs Guthleben. "On est très remontés. Il y a une avocate à bord et on est 300 à 400 voyageurs prêts à lui remettre nos mails et nos numéros de téléphone pour constituer un comité et porter plainte contre la SNCF", a déclaré pour sa part Franck Asparte, la quarantaine, artiste lyrique. Parmi les plus excédés, Ralph Lidy, acupuncteur-chiropracteur, parti dimanche soir de Mulhouse et arrivé 26 heures plus tard à Antibes, fulmine : "Il y a une incompétence de gestion humaine de la SNCF qui est hallucinante. Ils n'en ont rien à faire qu'on ne mange pas, qu'on ne boive pas. Le pire c'est que personne ne nous a tenus au courant".

Parmi les derniers arrivés de cet interminable voyage, Ralph Lidy, qui était accompagné de sa femme et de deux enfants de 8 et 11 ans, devait, en principe, partir dimanche à 21h30 de Mulhouse ; mais son train, en provenance de Strasbourg, n'était finalement parti qu'à 23 heures. Premier retard... et première absence d'explication. Puis le convoi s'est retrouvé bloqué à Belfort "parce qu'il n'y avait pas de conducteur. On a alors dormi dans les wagons, sans avoir reçu aucune information. On repart le lendemain à 7h30 après qu'ils aient fait venir un conducteur de Lyon". Certains voyageurs ont également vécu une scène de mauvais western lorsque "deux ou trois passagers qui avaient bu ont été descendus du train par la police de Belfort, parce qu'ils importunaient leur entourage", selon les termes de la SNCF. Mais la mauvaise série ne faisait que commencer : sitôt le train reparti, raconte Ralph Lidy, "on se retrouve coincés deux heures à Montbéliard derrière une locomotive en panne. Ils nous disent : on est coincé, on attend".

Des repas "froids et immangeables"

Les passagers se retrouvent de nouveau bloqués à Tournus en début d'après-midi. "On avait fait 300 km en 17 heures. Là, la mayonnaise a commencé à monter. Les gens ont commencé à s'échauffer, d'autant qu'ils ne nous disaient toujours rien". En milieu de journée, un plateau repas, avec une bouteille d'eau, a été servi aux passagers : "il y avait 300 plateaux repas pour 600 passagers", affirme Ralph Lidy. De toute façon, "c'était froid et immangeable. Les toilettes, d'une saleté repoussante, étaient inutilisables. C'est inadmissible". Puis le train est arrivé vers 18 heures à la gare Perrache de Lyon, où des plateaux-repas ont été servis. C'est là que 240 passagers ont été transférés dans un TGV spécialement affrété à destination de Port-Bou. Et c'est finalement peu après minuit que Ralph Lidy est arrivé à Antibes, d'où il espérait pouvoir se rendre à l'aéroport de Nice, où il avait laissé sa voiture. Et là, ultime mauvaise surprise : "ils nous avaient dit dans le train qu'il y aurait un transfert par taxi jusqu'à l'aéroport, mais il n'y a aucun taxi à la gare".

Pour cette suite de petites catastrophes qui ont fait de tout ce trajet un cauchemar, le syndicat SUD-Rail a mis en cause la politique de la direction de la SNCF, estimant que ces défaillances mettaient en évidence des "économies sur la maintenance du matériel roulant" et "le manque de personnel" résultant de "suppressions d'emplois". "Quand une entreprise publique comme la SNCF se détourne du service public pour faire du business, il est prévisible que les voyageurs et les cheminots en subissent les conséquences", a fustigé la Fédération CGT des cheminots. Explication fournie, pour sa part, par la SNCF : une "succession exceptionnelle d'incidents".

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