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  • Oui à la taxe carbone, non à un impôt de plus»


A «On ne peut pas en permanence expliquer aux Français qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, réduire les émissions de CO 2 et ne pas s'en donner les moyens.» Crédits photo : NICOLAS TUCAT/REA

INTERVIEW - L'ancien premier ministre, premier titulaire du ministère du Développement durable, approuve le principe de la contribution climat-énergie, mais souhaite «un effort massif» pour les transports en commun et la voiture électrique.

 

LE FIGARO. - Approuvez-vous le principe de la création de la taxe carbone ?
Alain JUPPÉ. - Oui. Sur le principe, il faut évidemment aller dans cette direction. On ne peut pas en permanence expliquer aux Français qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, réduire les émissions de CO2 et ne pas s'en donner les moyens. Il y a là une urgence absolue et un souci de cohérence. Mais il y a le principe et les modalités. Et comme souvent, le diable est dans les détails.

La taxe carbone est-elle le bon moyen pour atteindre l'objectif ?
Je me suis longtemps interrogé sur les techniques fiscales. Il faut définir une assiette fiscale. Taxer l'énergie fossile est le moyen le plus facile. L'assiette, c'est la consommation de combustible fossile, c'est-à-dire le charbon, le pétrole et le gaz. C'est là qu'on se rend compte qu'il s'agit en réalité d'une taxe sur le gaz et sur l'essence.

Les socialistes, Ségolène Royal en tête, dénoncent un impôt «injuste et inefficace».
C'est une attitude que je ne comprends pas. Je trouve curieux, après avoir signé les engagements du pacte écologique de Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle, que Ségolène Royal change à ce point de convictions. En réalité, la réforme peut être juste et efficace si on prend soin d'en préciser les modalités.

Comment faire pour pénaliser le moins possible les Français, notamment ceux qui vivent loin des centres-villes et n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur véhicule ?
Il y a deux conditions à remplir pour que la réforme soit juste. La première est que ça ne doit pas être une taxe de plus. Il s'agit bien, dans mon esprit, de rebattre les cartes de notre fiscalité pour modifier les comportements des consommateurs. Sur ce point, le projet est encore un peu flou. On nous dit que ce ne sera pas un impôt de plus, on aimerait en avoir la démonstration concrète. La deuxième condition tient à la répartition entre les Français. L'objectif est qu'ils se détournent des modes de consommation d'énergie les plus polluants. Cela implique qu'on développe des solutions alternatives en termes de transports collectifs et de véhicule propre. Je regrette qu'un effort massif n'ait pas été fait pour développer la voiture électrique.

Pour compenser la taxe carbone, quelle piste faut-il privilégier ? Le chèque vert ? Ou la baisse de la CSG comme l'envisage le gouvernement ?
Je n'ai pas de point de vue arrêté sur cette question très technique. Il ne faut pas que ce soit un impôt de plus. Le plus simple serait de choisir la baisse d'un impôt existant et qui touche tout le monde. Mais si l'on veut garder un effet d'incitation, la compensation ne doit pas être totale.

Redoutez-vous un recul du gouvernement sous la pression de tous les opposants au système et d'une partie de l'opinion ?
J'espère bien qu'il ne reculera pas. Le gouvernement est sage en partant d'assez bas, c'est-à-dire en retenant la base de 15 euros la tonne de CO2 émise alors que la commission Rocard avait recommandé le double. La montée en puissance, année après année, devra se faire au fur et à mesure que des solutions alternatives seront proposées aux Français.

 

Publié dans actualité sportive

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