LE PRESIDENT CHINOIS EN RUSSIE

Publié le par actu

PEKIN - La Chine et la Russie, où le président Hu Jintao entame mercredi une visite d'Etat, entretiennent une relation solide nourrie de nombreuses convergences, mais non exempte de rivalités et d'arrière-pensées.


 

 

Le président chinois Hu Jintao à Londres le 1er avril 2009

Finie l'époque où la Chine communiste était subordonnée au "grand frère soviétique", la relation s'est inversée: la Chine est en pleine ascendance et désormais 3e puissance économique mondiale loin devant la Russie (8e), dont la suprématie demeure dans la dissuasion nucléaire, l'armement et le spatial.

Mais ces deux membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU affichent une solidarité croissante sur de nombreux dossiers multilatéraux: Proche-Orient, Soudan, non-prolifération, ou réforme de l'ONU et des institutions financières internationales.

Chine et Russie, en militant pour un monde multipolaire, comme au sein du BRIC, rejettent également la domination américaine.

Elles sont actives dans les dossiers du nucléaire iranien et nord-coréen -- Moscou en pointe pour le premier et Pékin le second -- où elles privilégient l'une et l'autre généralement la négociation sur les sanctions.

"Les relations sino-russes se trouvent dans l'une des meilleures périodes de leur histoire", déclare Zhang Yao, de l'Institut des recherches internationales de Shanghai.


 

 Le président russe Dmitri Medvedev, le 15 avril 2009 à Moscou

Relevant que les pays sont liés par un "partenariat stratégique" depuis 1996 -- le premier signé par la Chine -- il souligne que "depuis la signature d'un Traité d'amitié en 2001, leurs relations se sont développées dans presque tous les domaines".

Pékin et Moscou, qui après leur normalisation de 1989 se sont beaucoup rapprochés à partir du milieu de la décennie 90, ont réglé en 2004 un différend complexe sur leur frontière de 4.250 km.

"Il y a eu un investissement très fort, ils ont voulu apurer les comptes du passé", note un spécialiste occidental du dossier.

Au plan militaire, la Russie demeure le principal fournisseur d'armements à la Chine, même si les ventes se sont tassées depuis cinq ans, quand Pékin reste sous le coup d'un embargo occidental.

Les relations commerciales ont décollé, sans toutefois atteindre un niveau correspondant au lien diplomatique, avec des échanges d'environ 50 milliards de dollars en 2008.

Dans l'énergie, Pékin et Moscou ont scellé un partenariat à long terme avec la livraison par le pipeline Sibérie-Pacifique, pendant 20 ans, de brut russe à la Chine.

Pourtant, rivalités et méfiance subsistent.

La Russie perçoit la Chine avec un "mélange d'admiration, de jalousie, d'inquiétudes et d'agacement", note Jean-Pierre Cabestan, sinologue et coauteur de "La Chine et la Russie".

Moscou est gêné par "une telle force tranquille (...) et l'incapacité de l'économie russe de se hisser à nouveau parmi les cinq grandes économies".

L'Asie centrale est le champ de rivalités. Les deux pays s'y livrent "une concurrence pour le pétrole et le gaz", note l'expert, et Moscou s'inquiète de voir Pékin resserrer ses liens, économiques mais aussi diplomatiques, avec les anciennes marches de l'empire russe.

De même, Moscou vit comme une menace l'immigration chinoise, légale ou pas, en Extrême-Orient russe et en Russie européenne.

Dans le commerce, Moscou trouve déséquilibrés des échanges axés surtout sur les matières premières et la Chine est, comme en Afrique, perçue par certains comme un pilleur des ressources énergétiques nationales.

De Pékin, dont la hantise de la sécurité énergétique détermine aujourd'hui largement la diplomatie, la Russie est vue comme un partenaire énergétique peu fiable, comme elle l'est par l'Europe.

La relation bilatérale est aussi ambiguë dans la mesure où Pékin et Moscou ont l'oeil rivé sur Washington.

"C'est la relation à Washington qui prime", dit M. Cabestan, "tant sur le plan politique qu'en matière commerciale".

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